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La place de l'amphithéâtre thysdritain
au sein du monde romain :
L'amphithéâtre
d'el Jem a été souvent comparé au colisée
de Rome. Les ressemblances entre les deux édifices
sont par ailleurs importantes. Mais leur appartenances à
deux époques différentes a donné lieu
à un certain nombre de différences. Si on sait
que le colisée a été construit par les
Flaviens au cours de dernières décennies du
Ie siècle après J. C., on en est réduit
aux hypothèses pour ce qui est de la date d'édification
du monument thysdritain, faute de renseignements épigraphiques
ou littéraires. Certes on l'a souvent attribué
à Gordien III qui, vers le milieu du IIIe siècle
ap. J. C. l'aurait offert à la ville qui avait porté
son grand-père à l'empire en 238. On l'a fait
aussi remonter à la fin du second siècle pour
des considérations stylistiques. De même une
hypothèse plus récente, fondée sur l'inachèvement
des sculptures des clefs de voûtes du rez-de-chaussée
qui auraient été interrompues par les événements
de 238, fait commencer les travaux vers 230 au début
du proconsulat de Gordien Ie en Afrique. Réputé
grand mécène et grand amateur de jeux au point
que son rival l'empereur Maximin a pu le traiter " d'empereur
de cirque et de parade ", celui-ci semblait d'autant
plus indiqué pour réaliser cette colossale entreprise
qu'il avait des propriétés et des intérêts
à Thysdrus et dans sa région. Mais toutes ces
hypothèses ne se fondent pas sur des arguments solides
et, en définitive, on peut simplement supposer que
cet édifice a été l'uvre de l'opulente
bourgeoisie thysdritaine au moment où celle-ci était
à l'apogée de sa puissance, c'est à dire,
sous la célèbre dynastie africaine des Sévères,
vers l'extrême fin du second siècle ou au cours
des trois premières décennies du troisième.
Quoi qu'il en soit l'amphithéâtre d'El Jem est
certainement un des derniers monuments importants et grandioses
du genre, sinon le dernier à avoir été
construit dans le monde romain. Edifié près
d'un siècle et demi après le colisée
de Rome, il a pu bénéficier de tous les progrès
techniques accomplis au cours de ce laps de temps. Aussi riches,
de toutes sortes d'expériences et d'acquit accumulés
tout au long de ces nombreuses décennies, ses bâtisseurs
l'ont-ils doté d'améliorations qui le distinguent
de tous les autres édifices et notamment du colisée.
L'amphithéâtre de Thysdrus se distingue
d'abord par certains aspects typiquement africains. Il est
curieux de noter, à cet égard, que pour construire
ce monument romain par essence, on ait eu recours à
un module punique, la coudée de 50cm et non au pied
romain de 30cm. De même l'usage des briques , si abondant
au colisée et dans la plupart des autres édifices,
est ici totalement absent. En dehors des moellons utilisés
pour les voûtes, partant ailleurs c'est la pierre de
taille qui triomphe donnant à l'architecture d'ensemble
un aspect particulièrement imposant et grandiose. Par
ailleurs, en
ce qui concerne l'ornementation des façades, on sait
que c'est l'ordre dorique qui est généralement
choisi mais à Rome la décoration s'accroît
en magnificence à mesure que les étages s'élèvent
passant du style dorique au premier niveau, au ionique au
second et au corinthien au troisième. A thysdrus on
a opté pour une solution plus originale et plus adaptée
aux goûts locaux en alternant l'ordre corinthien aux
premier et troisième étages et composite au
second. Le moment africain se distingue aussi par des améliorations
techniques. Les architectes thysdritains ont réussi
à corriger certains défauts révélés
ailleurs par l'usage. C'est ainsi que par une réduction
du podium et par une plus grande accentuation de la pente
des gradins, ils ont pu réduire les angles morts de
l'arène. Ceux-ci sont à Rome de 7m environ,
à Thysdrus ils n'atteignent guère 5m. D'autre
part, alors qu'au colisée et dans beaucoup d'autres
grands amphithéâtres, les souterrains conçus
pour servir de coulisses ou de logements provisoires aux bêtes,
ont été creusés après coup lorsqu'on
s'est aperçu de l'inconvénient d'aménager
ces locaux à l'extérieur, voire sous le podium,
à El Jem les aménagements des sous-sols ont
été prévus dans le plan initial et font
partie intégrante de l'édifice, ce qui présente
des avantages considérables du point de vue de l'homogénéité
architecturale et du fonctionnement. D'autres progrès
montrent une meilleure maîtrise des problèmes
de statique chez les architectes thysdritains et une plus
grande rapidité d'exécution grâce à
la possibilité de construire plusieurs voûtes
en même temps par plusieurs équipes travaillant
simultanément. Il faut, enfin, mentionner que les accès,
les distributions et les évacuations sont mieux étudiés
et plus élaborés à El Jem.
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